- Que restera-t-il de notre institution dans 20 ans ? (Michel
Guerriche, le 28/08/08)
Beaucoup de choses, je vous mets tout ça un peu en vrac :
- Une année un peu moins bonne que les autres et André Fabre
se voit contraint de changer son business model en se vendant au Cheik
Mohamed tout en ayant la garantie de ne recevoir que les chevaux dont
Godolphin ne voudra pas, ceci est un signal clair du malaise de l’institution
et de la fragilité de certains acteurs.
- Pascal Bary (prêt à tout abandonner), Gallorini et Freddy
Head qui en rajoutent une couche + tous ceux qui ne disent rien mais
qui n’en pensent pas moins, alors est-ce vraiment nouveau car
depuis des décennies les entraineurs se sont souvent plaints
de leur sort ou y a-t-il vraiment le feu ?
- Le déséquilibre avec la province est clairement un élément
nouveau qui a été accentué par la politique menée
par JL Lagardère et L Romanet, maintenant le déséquilibre
est grandissant avec Pantall et Rouget qui clairement se voient compte
tenu de leur taille être les initiateurs du programme (vos connaissez
les interventions personnelles qu’ils peuvent même mener à cet égard).
- Je ne vois pas l’Etat intervenir et abonder clairement dans
une amélioration des conditions actuelles, Sarko n’aime
pas les courses, il a demandé récemment à Morin
de faire discret sur le sujet, les récents mouvements à France
Galop (Emmanuelle Bour/Hubert Monzat) sont très inquiétants
quelque soit la personnalité du nouveau venu et très
sincèrement l’ouverture des paris à la concurrence
laisse augurer une dégradation certaine de l’institution.
- L’écart entre le trot et le galop ne cesse de se creuser,
et là où le trot est un vivier de nouveaux propriétaires,
le galop ne cesse de reculer (malgré les efforts et la communication
du département propriétaires de France Galop), bon nombre
de mes amis qui ont des effectifs mixtes (trot/galop/obstacle) sont
prêts à se recentrer sur le trot essentiellement, certains
l’ont déjà fait et je ne pense pas avoir une vision
réductrice sur le sujet.
- A quand un véritable audit du PMU ? de son train de vie, de
sa stratégie ?
- J’ai cru comprendre que vous aviez continué votre mission
sur l’égalité des chances malgré le départ
d’E. Bour, c’est une bonne chose et je ne doute pas de
la pertinence de vos conclusions et constats, mais j’espère
surtout que vous trouverez un ou des interlocuteurs pour mettre en
pratique vos indicateurs économiques.
- Sur le sujet entraineurs qu’ils soient parisiens ou provinciaux,
il y a un vrai problème de mentalité à repenser
dans leurs relations avec les propriétaires, mais j’ai
peur que l’on se trouve ici face un problème culturel,
j’ai tourné plusieurs fois les choses dans ma tête
et l’exemple anglais sur ce point est à retenir, mais
les quelques journalistes et propriétaires avec qui j’ai
pu aborder ce point arrivent à la même conclusion : le
français n’a pas la même culture des courses, trop
souvent les chevaux sont des numéros et le jeu est le principal
intérêt du plus grand nombre.
- Je m’inquiète des derniers résultats des ventes
Arqana, celles-ci étaient clairement à contre courant
de la situation économique internationale et des ventes d’autres
maisons concurrentes dans le monde, en analysant un peu finement les
résultats on s’aperçoit que 4 acheteurs seulement
font le chiffre de ces ventes, et qu’un excès de produits
de lignées prestigieuses (Galileo notamment) a contribué à de
tels résultats, cela est fort inquiétant.
- La remarque d’André Fabre sur le manque de partants
jusqu’à l’été est réel, est-ce
le fait d’un programme mal conçu ou d’une arrivée
trop tardive des chevaux à l’entrainement ?
- Sur le même sujet, votre remarque sur un manque de coordination
entre les programmes Paris/Province est une réalité .
- Je ne suis pas sûr que pour un propriétaire le montant
des pensions soient vraiment un point clé (tout au moins au
galop), ce que l’on recherche c’est une proximité,
c’est pourquoi après avoir eu des chevaux entrainés
en province tout en habitant à Paris j’ai préféré les
avoir à Paris ensuite il a une question de feeling avec son
entraineur et la nécessité de communiquer et de rêver.
Les propriétaires sont là par passion et dans leur grande
majorité ils viennent dans le monde des courses pour se détendre,
et pas pour faire fortune. Maintenant si le système ne fonctionne
pas bien, s’il y a des tensions ils s’en détourneront.
- Je ne trouve vraiment pas passionnant d’avoir des courses où les
mêmes propriétaires reviennent systématiquement,
est-ce vraiment ce que l’on veut ?
Sincèrement je n’ai pas l’impression de vous avoir
apporter grand-chose avec ces quelques lignes, je suis vraiment triste
de constater que l’institution est en train de s’auto détruire,
que restera t il dans 20 ans ? surement moins qu’aujourd’hui.

Le
point de vue de la présidente des Actionnaires du Galop
par Corine Barande-Barbe
CESSEZ
LE FEU !
Avouez
qu’il est amusant de voir que beaucoup reprochent constamment à l’entraîneur
tête de liste depuis 20ans de ne jamais s’exprimer et que
lorsque celui-ci livre son analyse de la situation cantilienne, un
raz de marée de protestations paranoïaques s’élève
immédiatement.
André Fabre a ainsi déclenché un débat.
Et les déclarations qui pleuvent me semblent être, en
fait, des réactions inquiètes à l’annonce
par le Président de France Galop de propositions à venir
imminentes. Pourtant l’intérêt général
n’est pas la somme d’intérêts particuliers
et il est important d’évoluer pour le retour ou le maintien
de l’équilibre. Seule l’analyse des chiffres peut
dépassionner le débat et l’orienter vers le constructif.
Chacun doit s’inquiéter lorsque un secteur se trouve en
difficulté, d’autant plus qu’avec 30% des galopeurs
la région parisienne fournit la moitié des partants PMU.
Le
nerf de la guerre de notre industrie réside dans le développement
des enjeux pour financer toute la filière. Avec l’ouverture
européenne, nous abordons une période de grands bouleversements
et il me semble qu’il est plutôt temps de se préparer
et de travailler tous ensemble plutôt que de s’accrocher à ses
privilèges au détriment du voisin.
Dans le cadre de ma mission sur l’égalité des chances
(vaste programme), j’ai notamment été chargée
de travailler avec une équipe de France Galop à la définition
d’indicateurs pour suivre l’équilibre économique
de la filière. Nous devons remettre le résultat
de nos travaux à l’automne et j’imagine que l’analyse
de ces critères permettra aux décisionnaires de construire
une politique économique solide pour une nouvelle ère
florissante.
Quant à la situation, l’équilibre est par définition
extrêmement fragile et j’insiste depuis des années
pour juguler les diverses dérives qui naissent d’une évolution
en zig zag.
La province presque exsangue de 1995 représentait un énorme
réservoir de chevaux qui n’avaient pas l’occasion
de participer à la recette PMU : Les 2/3 tiers des chevaux étant
situés en régions, une décentralisation était
logique pour développer les courses PMU et permettre aux chevaux
régionaux de participer à la recette et donc à l’intérêt
général, priorité entre toutes.
Ce faisant, depuis 13 ans les instances sont le théâtre
de combats pour canaliser les allocations chacun vers sa région.
Le développement des courses PMU a incontestablement laissé parallèlement
stagner le périmètre des courses « parisiennes ».
Les délocalisations du départ ajoutées à la
fermeture d’Evry ont réduit le nombre de réunions
en région parisienne. Celle-ci a par voie de conséquence
localement moins profité des augmentations de budget qu’elle
ne l’aurait dû.
L’augmentation des courses de groupes est en effet nationale
et même internationale. En tant que vitrine et au vu des résultats,
elle ne peut être considérée comme destinée
aux parisiens.
Par
ailleurs, Deauville est un cas à part avec son développement
intensif : les courses à Deauville sont considérées
dans l’enveloppe comme « parisiennes »,
alors que les partants entraînés à Deauville sont
englobés dans les statistiques comme venus de « province ».
Toujours est-il qu’un partant à Deauville mobilise pour
Chantilly et probablement Maisons Laffitte, un employé qui
part très tôt le matin, rentre tard le soir et est épuisé après
une semaine d’allers et retours.
Les opportunités à proximité ont diminué pour
les parisiens en même temps que les coûts ont beaucoup
augmenté. Ce n’est pas une évolution rationnelle
et cela explique probablement une grande partie des difficultés
rencontrées par les entraîneurs locaux de tous types de
structures. L’option de diminuer la qualité ne doit pas
devenir un impératif … Pas sans réaction urgente
et soutien des décisionnaires.
Mon avis est qu’il faut logiquement récompenser en proportion
les « efforts de guerre », en l’occurrence
les partants PMU. Or à ce titre les parisiens sont très
dévoués :
J’observe le ballet des déplacements « décentralisés »,
constatant que les régionaux convergent vers Paris et que les
parisiens se déploient vers toutes les régions. Les déplacements inter
régionaux restent très majoritairement le fait des grandes
structures provinciales. Il faut parvenir à développer
les voyages d’Est en Ouest et du Nord au Sud, sans exploser l’enveloppe
des indemnités de transports, soit en rationalisant leur distribution.
France Galop est bien équipée pour détecter les
névralgies : un rapprochement entre les effectifs chevaux
et les effectifs des écuries est un moyen simple d’observer
la libre concurrence et d’éviter les dérives.
Les populations doivent être prises en compte dans la construction
du programme et la distribution des opportunités : On ne
doit plus voir des handicaps ouverts se courir à 7 partants
en grande province quand à 2 jours d’intervalle on élimine à Paris
sur la même distance. Le programme doit être « réciproquement » national !
Localement
et sans nuire à personne, quelques mesures d’urgence
peuvent également être prises :
Supprimer le prélèvement de 1% sur les victoires appliqué aux
seuls chevaux entraînés à Paris : Les allocations
annoncées doivent être les mêmes pour tous d’où qu’ils
viennent.
Réaliser enfin le projet d’une piste de courses en Polytrack à Chantilly
au milieu du plus grand centre d’entraînement européen :
une économie de temps et d’argent, un test pour l’avenir
et une sécurité en cas d’intempéries sur
d’autres sites.
Je
ne suis pas d’accord avec l’idée que c’est
au client de faire le prix de pension. Il y a un seuil minimum pour
entraîner les chevaux dans le respect de leur santé et
des lois sociales.
Les problèmes économiques et sociaux évoqués
aujourd’hui à Chantilly sont également latents
dans les régions. Derrière quelques arbres qui cachent
la forêt, de nombreuses situations se sont dégradées
sur tout le territoire. La pudeur et la passion les dissimulent pour
l’instant : il ne faut pas attendre que le système
D ne suffise plus.
A 10 ans d’intervalle , avec les mêmes résultats,
on n’arrive plus à financer le même travail, cela
devient un suicide financier de vouloir tout faire bien. C’est
pourtant comme cela que la Chine a gagné les jeux olympiques
et que j’ai un jour gagné le Prix de Diane !
L’argent étant dispersé et l’offre augmentée,
les chevaux courent de plus en plus souvent : cela peut nuire à leur
intégrité physique et à leur qualité. Une
solution est le regroupement des courses sur des pôles de haute
qualité.
On ne peut gouverner efficacement si il faut faire plaisir à tout
le monde et pour moi le plus grand frein à la dynamique de
France Galop est la politique !
Le scrutin de liste initie une campagne permanente, source de tensions
qui nuisent à l’objectivité et à la sérénité des
débats sur les orientations financières et de programme.
Les
propriétaires doivent continuer de rêver d’un
champion, les courses sont des courses de chevaux, il n’y a pas
de fatalité, de gros et de petits. Chacun doit pouvoir viser
toujours plus haut
L’avenir de tous dépend de la bonne santé des entreprises
d’entraînement et je ne doute pas qu’une analyse
objective amène des solutions. Mais c’est unis que nous
pourrons convaincre le gouvernement d’une nécessaire relance
de notre activité.
