Les Actionnaires du Galop ont sollicité votre point de vue sur le débat qui a surgi cet été concernant l'équilibrage Paris/Province.
Voici les différentes contributions à ce Forum.

1) Cliquez ici pour lire le contexte

2) Cliquez ici pour lire toutes vos contributions au Forum

3) Cliquez ici pour lire le point de vue
de la présidente des Actionnaires du Galop


Le contexte

Quand André Fabre relance le vieux débat Paris/Province

Coup de tonnerre dans le landerneau hippique cet été quand André Fabre, dans un article de Jour de Galop daté du 23 aout 2008 annonce les nouvelles orientations de son activité et en profite pour jeter un pavé dans la mare : l'équilibre Paris/Province amené par la décentralisation de ces dernières années ne serait pas respecté et ne permettrait plus une préparation adéquate des meilleurs pur-sang.
Les réactions n'ont pas manqué, ni dans la presse, ni dans l'enceinte des balances.
Vous trouverez ici l'article qui a lancé le débat, les contributions adressées par mail aux Actionnaires du Galop, et le point de vue très détaillé de notre présidente, Corine Barande-Barbe.
Pour télécharger l'article du 23/08/08 de JDG (format PDF), cliquez ici.


Vos réactions,
recueillies sur notre Forum,
par ordre chronologique inversé


- Que restera-t-il de notre institution dans 20 ans ? (Michel Guerriche, le 28/08/08)
Beaucoup de choses, je vous mets tout ça un peu en vrac :

- Une année un peu moins bonne que les autres et André Fabre se voit contraint de changer son business model en se vendant au Cheik Mohamed tout en ayant la garantie de ne recevoir que les chevaux dont Godolphin ne voudra pas, ceci est un signal clair du malaise de l’institution et de la fragilité de certains acteurs.

- Pascal Bary (prêt à tout abandonner), Gallorini et Freddy Head qui en rajoutent une couche + tous ceux qui ne disent rien mais qui n’en pensent pas moins, alors est-ce vraiment nouveau car depuis des décennies les entraineurs se sont souvent plaints de leur sort ou y a-t-il vraiment le feu ?

- Le déséquilibre avec la province est clairement un élément nouveau qui a été accentué par la politique menée par JL Lagardère et L Romanet, maintenant le déséquilibre est grandissant avec Pantall et Rouget qui clairement se voient compte tenu de leur taille être les initiateurs du programme (vos connaissez les interventions personnelles qu’ils peuvent même mener à cet égard).

- Je ne vois pas l’Etat intervenir et abonder clairement dans une amélioration des conditions actuelles, Sarko n’aime pas les courses, il a demandé récemment à Morin de faire discret sur le sujet, les récents mouvements à France Galop (Emmanuelle Bour/Hubert Monzat) sont très inquiétants quelque soit la personnalité du nouveau venu et très sincèrement l’ouverture des paris à la concurrence laisse augurer une dégradation certaine de l’institution.

- L’écart entre le trot et le galop ne cesse de se creuser, et là où le trot est un vivier de nouveaux propriétaires, le galop ne cesse de reculer (malgré les efforts et la communication du département propriétaires de France Galop), bon nombre de mes amis qui ont des effectifs mixtes (trot/galop/obstacle) sont prêts à se recentrer sur le trot essentiellement, certains l’ont déjà fait et je ne pense pas avoir une vision réductrice sur le sujet.

- A quand un véritable audit du PMU ? de son train de vie, de sa stratégie ?

- J’ai cru comprendre que vous aviez continué votre mission sur l’égalité des chances malgré le départ d’E. Bour, c’est une bonne chose et je ne doute pas de la pertinence de vos conclusions et constats, mais j’espère surtout que vous trouverez un ou des interlocuteurs pour mettre en pratique vos indicateurs économiques.

- Sur le sujet entraineurs qu’ils soient parisiens ou provinciaux, il y a un vrai problème de mentalité à repenser dans leurs relations avec les propriétaires, mais j’ai peur que l’on se trouve ici face un problème culturel, j’ai tourné plusieurs fois les choses dans ma tête et l’exemple anglais sur ce point est à retenir, mais les quelques journalistes et propriétaires avec qui j’ai pu aborder ce point arrivent à la même conclusion : le français n’a pas la même culture des courses, trop souvent les chevaux sont des numéros et le jeu est le principal intérêt du plus grand nombre.

- Je m’inquiète des derniers résultats des ventes Arqana, celles-ci étaient clairement à contre courant de la situation économique internationale et des ventes d’autres maisons concurrentes dans le monde, en analysant un peu finement les résultats on s’aperçoit que 4 acheteurs seulement font le chiffre de ces ventes, et qu’un excès de produits de lignées prestigieuses (Galileo notamment) a contribué à de tels résultats, cela est fort inquiétant.

- La remarque d’André Fabre sur le manque de partants jusqu’à l’été est réel, est-ce le fait d’un programme mal conçu ou d’une arrivée trop tardive des chevaux à l’entrainement ?

- Sur le même sujet, votre remarque sur un manque de coordination entre les programmes Paris/Province est une réalité .

- Je ne suis pas sûr que pour un propriétaire le montant des pensions soient vraiment un point clé (tout au moins au galop), ce que l’on recherche c’est une proximité, c’est pourquoi après avoir eu des chevaux entrainés en province tout en habitant à Paris j’ai préféré les avoir à Paris ensuite il a une question de feeling avec son entraineur et la nécessité de communiquer et de rêver. Les propriétaires sont là par passion et dans leur grande majorité ils viennent dans le monde des courses pour se détendre, et pas pour faire fortune. Maintenant si le système ne fonctionne pas bien, s’il y a des tensions ils s’en détourneront.

- Je ne trouve vraiment pas passionnant d’avoir des courses où les mêmes propriétaires reviennent systématiquement, est-ce vraiment ce que l’on veut ?

Sincèrement je n’ai pas l’impression de vous avoir apporter grand-chose avec ces quelques lignes, je suis vraiment triste de constater que l’institution est en train de s’auto détruire, que restera t il dans 20 ans ? surement moins qu’aujourd’hui.



Le point de vue de la présidente des Actionnaires du Galop
par Corine Barande-Barbe

CESSEZ LE FEU !

Avouez qu’il est amusant de voir que beaucoup reprochent constamment à l’entraîneur tête de liste depuis 20ans de ne jamais s’exprimer et que lorsque celui-ci livre son analyse de la situation cantilienne, un raz de marée de protestations paranoïaques s’élève immédiatement.

André Fabre a ainsi déclenché un débat. Et les déclarations qui pleuvent me semblent être, en fait, des réactions inquiètes à l’annonce par le Président de France Galop de propositions à venir imminentes. Pourtant l’intérêt général n’est pas la somme d’intérêts particuliers et il est important d’évoluer pour le retour ou le maintien de l’équilibre. Seule l’analyse des chiffres peut dépassionner le débat et l’orienter vers le constructif.
Chacun doit s’inquiéter lorsque un secteur se trouve en difficulté, d’autant plus qu’avec 30% des galopeurs la région parisienne fournit la moitié des partants PMU.

Le nerf de la guerre de notre industrie réside dans le développement des enjeux pour financer toute la filière. Avec l’ouverture européenne, nous abordons une période de grands bouleversements et il me semble qu’il est plutôt temps de se préparer et de travailler tous ensemble plutôt que de s’accrocher à ses privilèges au détriment du voisin.
Dans le cadre de ma mission sur l’égalité des chances (vaste programme), j’ai notamment été chargée de travailler avec une équipe de France Galop à la définition d’indicateurs pour suivre l’équilibre économique de la filière. Nous devons remettre le résultat de nos travaux à l’automne et j’imagine que l’analyse de ces critères permettra aux décisionnaires de construire une politique économique solide pour une nouvelle ère florissante.

Quant à la situation, l’équilibre est par définition extrêmement fragile et j’insiste depuis des années pour juguler les diverses dérives qui naissent d’une évolution en zig zag.
La province presque exsangue de 1995 représentait un énorme réservoir de chevaux qui n’avaient pas l’occasion de participer à la recette PMU : Les 2/3 tiers des chevaux étant situés en régions, une décentralisation était logique pour développer les courses PMU et permettre aux chevaux régionaux de participer à la recette et donc à l’intérêt général, priorité entre toutes.
Ce faisant, depuis 13 ans les instances sont le théâtre de combats pour canaliser les allocations chacun vers sa région. Le développement des courses PMU a incontestablement laissé parallèlement stagner le périmètre des courses « parisiennes ». Les délocalisations du départ ajoutées à la fermeture d’Evry ont réduit le nombre de réunions en région parisienne. Celle-ci a par voie de conséquence localement moins profité des augmentations de budget qu’elle ne l’aurait dû.
L’augmentation des courses de groupes est en effet nationale et même internationale. En tant que vitrine et au vu des résultats, elle ne peut être considérée comme destinée aux parisiens.

Par ailleurs, Deauville est un cas à part avec son développement intensif : les courses à Deauville sont considérées dans l’enveloppe comme « parisiennes », alors que les partants entraînés à Deauville sont englobés dans les statistiques comme venus de « province ».
Toujours est-il qu’un partant à Deauville mobilise pour Chantilly et probablement Maisons Laffitte,  un employé qui part très tôt le matin, rentre tard le soir et est épuisé après une semaine d’allers et retours.
Les opportunités à proximité ont diminué pour les parisiens en même temps que les coûts ont beaucoup augmenté. Ce n’est pas une évolution rationnelle et cela explique probablement une grande partie des difficultés rencontrées par les entraîneurs locaux de tous types de structures. L’option de diminuer la qualité ne doit pas devenir un impératif … Pas sans réaction urgente et soutien des décisionnaires.
Mon avis est qu’il faut logiquement récompenser en proportion les « efforts de guerre », en l’occurrence les partants PMU. Or à ce titre les parisiens sont très dévoués :
J’observe le ballet des déplacements « décentralisés », constatant que les régionaux convergent vers Paris et que les parisiens se déploient vers toutes les régions. Les déplacements  inter régionaux restent très majoritairement le fait des grandes structures provinciales. Il faut parvenir à développer les voyages d’Est en Ouest et du Nord au Sud, sans exploser l’enveloppe des indemnités de transports, soit en rationalisant leur distribution.
France Galop est bien équipée pour détecter les névralgies : un rapprochement entre les effectifs chevaux et les effectifs des écuries est un moyen simple d’observer la libre concurrence et d’éviter les dérives.
Les populations doivent être prises en compte dans la construction du programme et la distribution des opportunités : On ne doit plus voir des handicaps ouverts se courir à 7 partants en grande province quand à 2 jours d’intervalle on élimine à Paris sur la même distance. Le programme doit être « réciproquement » national !

Localement et sans nuire à personne, quelques mesures d’urgence peuvent également être prises :
Supprimer le prélèvement de 1% sur les victoires appliqué aux seuls chevaux entraînés à Paris : Les allocations annoncées doivent être les mêmes pour tous d’où qu’ils viennent.
Réaliser enfin le projet d’une piste de courses en Polytrack à Chantilly au milieu du plus grand centre d’entraînement européen : une économie de temps et d’argent, un test pour l’avenir et une sécurité en cas d’intempéries sur d’autres sites.

Je ne suis pas d’accord avec l’idée que c’est au client de faire le prix de pension. Il y a un seuil minimum pour entraîner les chevaux dans le respect de leur santé et des lois sociales.
Les problèmes économiques et sociaux évoqués aujourd’hui à Chantilly sont également latents dans les régions. Derrière quelques arbres qui cachent la forêt, de nombreuses situations se sont dégradées sur tout le territoire. La pudeur et la passion les dissimulent pour l’instant : il ne faut pas attendre que le système D ne suffise plus.
A 10 ans d’intervalle , avec les mêmes résultats, on n’arrive plus à financer le même travail, cela devient  un suicide financier de vouloir tout faire bien. C’est pourtant comme cela que la Chine a gagné les jeux olympiques et que j’ai un jour gagné le Prix de Diane !

L’argent étant dispersé et l’offre augmentée, les chevaux courent de plus en plus souvent : cela peut nuire à leur intégrité physique et à leur qualité. Une solution est le regroupement des courses sur des pôles de haute qualité.
On ne peut gouverner efficacement si il faut faire plaisir à tout le monde et pour moi le plus grand frein à la dynamique  de France Galop est la politique !
Le scrutin de liste initie une campagne permanente, source de tensions qui nuisent à l’objectivité et à la sérénité des débats sur les orientations financières et de programme.

Les propriétaires doivent continuer de rêver d’un champion, les courses sont des courses de chevaux, il n’y a pas de fatalité, de gros et de petits. Chacun doit pouvoir viser toujours plus haut
L’avenir de tous dépend de la bonne santé des entreprises d’entraînement et je ne doute pas qu’une analyse objective amène des solutions. Mais c’est unis que nous pourrons convaincre le gouvernement d’une nécessaire relance de notre activité.